Il devait être l’événement boxe de l’année. Une revanche attendue depuis plus d’une décennie, programmée au Sphere de Las Vegas le 19 septembre prochain, retransmise en direct sur Netflix devant des millions de spectateurs. Mais aujourd’hui, le grand retour de Floyd Mayweather Jr. face à Manny Pacquiao est au bord du gouffre — et c’est « Money » lui-même qui a allumé la mèche.
Quand les mots de Mayweather contredisent les contrats
Tout a commencé par quelques déclarations en apparence anodines. Lors d’une intervention médiatique, Floyd Mayweather Jr. a qualifié son prochain duel contre Pacquiao d’« exhibition », précisant que la salle n’était « pas encore 100% confirmée » et évoquant d’autres combats de démonstration à son agenda — notamment contre Mike Tyson ou le Grec Mike Zambidis. Des propos qui sonnent comme un aveu : Mayweather ne veut pas d’un vrai combat professionnel, il veut un show.
Sauf que les contrats, eux, disent tout autre chose.
Selon Jas Mathur, PDG de Manny Pacquiao Promotions, Mayweather a signé trois accords distincts relatifs à un retour au combat professionnel sanctionné, signés respectivement les 24 octobre, 6 novembre et 14 décembre — chaque signature accompagnée d’un versement financier. En plus de ces paiements d’avance, Mayweather aurait tiré un prêt significatif et des acomptes supplémentaires sur sa bourse… pour un combat professionnel qu’il cherche désormais à requalifier en exhibition.
Une deadline, des millions en jeu, et une plainte qui menace
La réaction du camp Pacquiao ne s’est pas fait attendre. Mathur a officiellement mis Mayweather en demeure : il avait jusqu’au jeudi 3 avril pour fournir par écrit la confirmation qu’il respecterait les termes contractuels et procéderait sous les règles du combat professionnel. Faute de quoi, le camp philippin serait en droit d’engager des poursuites pour violation de contrat et de réclamer le remboursement de toutes les sommes déjà versées.
« Mayweather a violé des contrats qu’il a déjà signés, tout en ayant accepté des avances financières sur ces accords », a déclaré Mathur sans détour. Le message est clair : on ne peut pas encaisser l’argent d’un vrai combat et décider ensuite qu’on veut juste faire un spectacle.
L’enjeu dépasse largement les deux protagonistes. Netflix a fait de cet événement son premier grand pari dans la boxe haut de gamme, avec un modèle économique entièrement construit autour d’un combat sanctionné. Une exhibition changerait radicalement la valeur du produit — en termes d’audience, de crédibilité sportive et, bien sûr, de revenus.
Pacquiao ne veut pas d’un spectacle, il veut se battre
De son côté, Manny Pacquiao est catégorique. Sur les réseaux sociaux et dans plusieurs déclarations relayées par les médias, le Philippin l’a dit sans ambiguïté : « Le contrat que nous avons signé, c’est pour un vrai combat. Je ne ferais pas une exhibition. »
À 47 ans, Pacquiao n’est pas venu jouer la comédie. L’ancien champion du monde dans huit catégories différentes a repris l’entraînement sérieusement, et ses proches insistent : il veut se battre pour de vrai, prouver qu’il a encore quelque chose à donner sur un ring professionnel.
Ce qui rend l’attitude de Mayweather d’autant plus difficile à comprendre. Car « TBE » (The Best Ever) a tout à gagner à une revanche en bonne et due forme — prestige, argent, héritage. Mais peut-être que c’est justement là le problème : Mayweather, invaincu en 50 combats professionnels, ne veut tout simplement pas risquer cette invincibilité. Même à 49 ans. Même dans un combat exhibition.
Qui va céder en premier ?
La question reste entière. Mayweather va-t-il plier face à la pression légale et financière ? Va-t-il honorer les contrats signés et confirmer par écrit son engagement dans un combat professionnel ? Ou va-t-il continuer à esquiver, au risque de tout perdre — le combat, la crédibilité, et les millions déjà avancés ?
L’histoire de Floyd Mayweather est jalonnée de négociations musclées, de golpe de bluff, de dernières minutes et de retournements spectaculaires. C’est le même homme qui a fait attendre le monde entier cinq ans avant d’accepter le premier duel contre Pacquiao en 2015. Cette fois, il ne contrôle peut-être plus entièrement les règles du jeu.
Une chose est sûre : le combat le plus important n’a pas encore eu lieu sur le ring. Il se déroule en ce moment même dans les salles de réunion des avocats, avec des millions de dollars — et l’héritage de deux légendes de la boxe — en jeu.